Les protocoles domotiques retenus pour ma nouvelle maison
Ethernet, PoE, Zigbee, Thread, et du Z-Wave LR ou du LoRa pour le fond du jardin : les protocoles que j'ai retenus pour la domotique de la nouvelle maison.

Repartir d’une maison vide, c’est aussi repartir d’une domotique vide. Après des années à faire tourner une installation construite par accumulation, l’occasion était trop belle de tout reprendre à zéro et de me poser une question avant d’acheter le moindre équipement : sur quels protocoles est-ce que je m’engage pour les dix prochaines années ?
Deux principes avant les protocoles
Du filaire partout où c’est possible. Une maison en rénovation, c’est le moment ou jamais de tirer du câble. Ce qui passe par un fil ne tombe pas en panne de pile et ne dépend d’aucun maillage.
Du local, autant que possible. Aucun équipement qui exige le cloud pour fonctionner. Si le fabricant ferme ses serveurs ou décide de faire payer un abonnement, je ne veux pas que ma maison s’arrête.
Je dois reconnaitre que je n’y arrive pas à 100 % : par exemple, mon robot aspirateur et mon robot tondeuse dépendent encore du cloud de leur fabricant, faute d’alternative crédible.
Ethernet et PoE

Conséquence directe du premier principe : tout ce qui consomme beaucoup ou doit être fiable passe par le réseau filaire.
Le PoE a en plus un avantage que j’ai découvert avec plaisir sur ce chantier : il m’évite de tirer une ligne électrique. Un seul câble apporte les données et l’alimentation. Là où il aurait fallu percer un mur porteur, une simple RJ45 suffit.
Ça demande un peu d’anticipation, notamment des gaines prévues au bon endroit avant que les cloisons ne se referment, mais c’est le genre d’investissement qu’on ne regrette jamais.
Zigbee, la valeur sûre

Difficile de faire l’impasse : robuste, éprouvé, local, et surtout abordable. Le catalogue est immense et zigbee2mqtt est très mature. Surtout, je sais où je mets les pieds : j’en ai fait tourner deux réseaux pendant des années dans l’ancienne maison.
Reste la limite bien connue : la portée. Sur 2,4 GHz, entre les murs porteurs et le voisinage Wi-Fi, il faut multiplier les routeurs pour tenir une maison entière.
Zigbee 4.0, sorti en novembre 2025, doit régler ce problème : il ouvre le protocole aux fréquences sub-GHz sous la marque Suzi, en 800 MHz en Europe, avec une portée nettement supérieure. En pratique, j’attends toujours le matériel, la certification n’ayant ouvert qu’au premier semestre 2026. Rien ne presse, Zigbee 4.0 est rétrocompatible, mais je surveille les prochaines clés qui sortiront.
Matter-over-Thread, le pari sur l’avenir
Sur le papier, Matter-over-Thread est le standard que tout le monde attendait : de l’IP de bout en bout, du maillage, du local, et l’interopérabilité entre écosystèmes qui nous a tant manqué. Dans les faits, la démocratisation traîne et l’expérience utilisateur n’est pas encore au niveau.
Deux choses m’ont malgré tout décidé.
Home Assistant sait enfin montrer le réseau Thread. Jusqu’ici, diagnostiquer un maillage Thread relevait de la divination. Le nouveau serveur Matter arrivé avec la version 2026.7 embarque une visualisation du réseau : les nœuds, la qualité des liens, et les appareils hors ligne en rouge. C’est encore jeune, mais on peut enfin travailler avec.

IKEA rend Thread abordable. Le catalogue bascule entièrement vers Matter, à des prix très bas, ce qui fait entrer Thread dans une gamme de budget où il n’existait pas. En plus, ces produits parlent Zigbee et Thread simultanément et n’exigent aucune réinitialisation pour passer de l’un à l’autre.
Aller plus loin que la maison
La nouvelle maison amène un cas que Zigbee gère mal : des équipements très éloignés du bâtiment principal. Deux protocoles répondent à ce besoin, et ils ne servent pas à la même chose.
Le Z-Wave Long Range troque le maillage contre une liaison directe avec le contrôleur, sur plusieurs centaines de mètres, tout en gardant la réactivité du Z-Wave classique. C’est le candidat naturel dès qu’il faut piloter quelque chose à distance.
Le LoRa joue dans une autre catégorie : portée kilométrique et consommation dérisoire, mais la réglementation européenne limite le temps d’émission à environ 1 %. Parfait pour un capteur qui remonte une valeur toutes les quinze minutes, rédhibitoire pour un actionneur. Bonne surprise, ESPHome sait désormais piloter les modules LoRa et faire dialoguer deux nœuds directement, sans passer par une infrastructure LoRaWAN.
Avant de trancher, je vais d’abord tester ce que Zigbee arrive à faire avec un routeur bien placé. Sinon, la répartition me parait naturelle : du LoRa pour les capteurs, du Z-Wave LR pour le pilotage. Pour la station météo, j’ai finalement monté un second réseau Zigbee avec un coordinateur PoE au fond du jardin.
Ce que j’évite
Le Wi-Fi. Ce n’est pas vraiment un protocole domotique : consommation élevée et dépendance quasi systématique au cloud. Il reste inévitable pour les quelques équipements évoqués plus haut, mais je le cantonne.
Le Bluetooth. Aucun équipement chez moi ne l’utilise aujourd’hui, et je ne compte pas commencer.
ESPHome pour recoller les morceaux

Chaque fois qu’un produit est compatible, je le bascule sous ESPHome. Tout se configure et se met à jour de la même façon, et l’appareil ne parle qu’à mon Home Assistant. C’est aussi ce qui me permet de récupérer du matériel Wi-Fi grand public en le coupant définitivement de son cloud d’origine.
Et la suite
Ces protocoles vont donc cohabiter : du filaire dès que possible, Zigbee pour tout ce qui doit fonctionner sans discussion, Thread pour préparer la suite, et du Z-Wave LR ou du LoRa pour tout ce qui sort du bâtiment.
Ce n’est pas la configuration la plus simple à maintenir, mais c’est celle qui me laisse le plus de portes ouvertes.